—Ah! voilà! répondit-il. Un général ne peut être sur tous les points d'une grande bataille, et toujours parmi ses lieutenants il se trouve des imbéciles ou des traîtres. J'avais arrangé entre Van Klopen et Croisenois une comédie qui devait nous livrer la vicomtesse. Tout avait été prévu, combiné, arrangé: j'avais soigné les détails comme seul je sais les soigner. Je ne pouvais pas ne pas compter sur un triomphe complet.
Malheureusement, après une répétition générale excellente, la représentation a été détestable. Ni Croisenois, ni Van Klopen n'ont pris la peine de jouer leur rôle sérieusement. Je leur avais préparé un chef-d'œuvre de finesse et de transitions, ils ont exécuté une scène brutale, ridicule, révoltante, une parade!... Ils ont cru, les idiots! qu'il est aisé de tromper une femme!
Et pour comble, le marquis, à qui j'avais recommandé la plus extrême réserve, a démasqué immédiatement ses batteries; oui, ce niais vaniteux a parlé de Sabine.
Dès lors, tout était perdu. La vicomtesse, qui sur le moment avait été dupe, a réfléchi, et la connivence des deux acteurs lui a sauté aux yeux. Flairant un piège, la peur l'a prise et elle a couru crier: «Au secours!» chez M. de Breulh.
Le docteur écoutait, la consternation peinte sur le visage.
—Qui donc, demanda-t-il a pu t'informer ainsi?
—Personne, je devine. Je vois les résultats, je pénètre la cause. Oh! l'éveil est donné, va!...
Le doux Tantaine n'est pas homme à gaspiller en inutiles discours ce capital qui s'appelle le temps.
Quand il ouvre la bouche, c'est qu'il a quelque chose à dire, et ses paroles, les plus oiseuses en apparence, ont toujours une portée sérieuse.
Le docteur le savait bien.