Grâce à cette manœuvre, qui lui prit bien cinq minutes, il se trouvait à la portée de tout entendre.

C'était Chupin qui avait la parole:

—Vous avez beau me «blaguer,» disait-il à ses deux amis, et m'appeler petit crevé, je resterai toujours comme je suis; d'abord c'est mon idée, et ensuite, pour travailler dans le grand, comme je veux, il faut avoir l'air cossu.

Les deux messieurs riaient aux larmes.

—Oh?... je sais bien, poursuivait Toto, que j'ai une bonne tête avec mes habits, mais cela vient de ce que je n'en ai pas l'habitude. La belle malice! On s'y fera bien vite. S'il le faut, je me payerai des leçons d'un maître de danse pour ressembler à quelqu'un de très chic.

—Voilà une pose!... fit un des messieurs. Dis donc Chupin, quand tu iras au bois en voiture, tu m'emmèneras?

—Tiens! pourquoi pas! Qu'est-ce qu'il faut pour avoir une voiture? de l'argent. Quels sont ceux qui gagnent de l'argent? Ceux qui ont un «truc». Eh bien! moi j'en ai un qui a crânement réussi à ceux qui me l'ont appris. Pourquoi ne me réussirait-il pas?

C'est avec une réelle terreur que le père Tantaine venait de s'apercevoir que Toto était ivre. Que savait-il au juste, qu'allait-il dire?

Le bonhomme se tenait sur ses gardes, prêt à renfoncer d'un bon coup de poing dans la gorge du garnement la première parole compromettante.

Les deux invités de Toto, eux aussi, savaient bien qu'il avait trop bu.