Catenac demeurait la tête basse, immobile, foudroyé.
Sa physionomie, contractée par la rage, n'annonçait certes rien de bon, mais qui s'en inquiétait? On le lui avait dit, et il ne le sentait que trop, il était lié, enchaîné, hors d'état d'essayer même un mouvement.
Plus de tergiversations possibles; nul espoir de vengeance.
Sa position, qu'il devait au chantage, le chantage la menaçait.
B. Mascarot, lui, avala un verre de tisane, et tranquillement, comme s'il ne se fût rien passé que d'ordinaire, il revint s'asseoir dans son fauteuil, au coin du feu, rajustant ses lunettes dérangées par la véhémence de ses mouvements.
—Je dois te dire aussi, maître Catenac, qu'à ce détail près, que tu me cachais, je connais un peu mieux que toi l'affaire de Champdoce. Qu'en sais-tu, toi? Juste ce qu'il a plu au duc de vous confier, à toi et à Perpignan. T'imaginerais-tu qu'il vous a dit la vérité? Par bonheur, je suis un peu mieux informé. Cela ne te surprendra pas, quand je t'avouerai qu'il y a des années que je suis cette affaire...
—Oui, il y a longtemps, affirma le digne docteur.
—Du reste, il faut que vous sachiez comment j'ai été mis sur la trace de cette opération. Il vous souvient peut-être de cet écrivain public qui avait son échoppe près du Palais de Justice, et qui s'avisait de faire chanter le monde. Une spéculation maladroite le conduisit en police correctionnelle et il attrapa deux ans de prison.
—En effet je me rappelle...
—C'était un gaillard intelligent. Il achetait au poids des papiers manuscrits de toutes sortes, et ces montagnes de paperasses, il les triait, les dépouillait, les épluchait et les lisait.