L'un après l'autre, Paul, le docteur Hortebize et même Catenac, examinèrent avec la plus scrupuleuse attention la lettre que leur tendait B. Mascarot.
Ces caractères assemblés comme au hasard ne présentaient aucun sens à leur esprit.
—Ma foi! fit le docteur impatienté, je donne ma langue aux chiens. De ma vie je n'ai su deviner un logogriphe.
L'honorable placeur souriait. Il ne péchait pas précisément par le manque d'amour-propre, et il avait ses raisons pour prolonger, tout en en jouissant, l'étonnement de ses auditeurs.
—Vous ne devinez pas? demanda-t-il en retirant des mains de Paul le fragment de lettre.
—Oh! pas du tout, répondit l'avocat d'un ton rogue.
—Eh bien! je le confesse, reprit B. Mascarot, à première vue, je n'ai pas plus compris que vous en ce moment. Pourtant je ne jetai pas au panier ce chiffon qui m'arrivait après avoir traîné partout, ainsi que le prouvaient les taches et les maculatures dont il était couvert. A la couleur jaunâtre du papier, à la pâleur de l'encre, il était aisé de voir que ce document était ancien déjà. Puis, au fond de moi-même, une voix secrète parlait, qui m'assurait que je tenais là, entre mes doigts l'instrument de notre fortune à tous.
—Tous les prédestinés ont comme cela leur voix, murmura l'avocat.
B. Mascarot ne jugea pas à propos de relever cette raillerie.
—Dans les replis de l'esprit de tout homme, poursuivit-il, se cachent un besoin irraisonné de savoir, un inexplicable instinct de curiosité. C'est à cela que doivent leur succès les rébus et les charades, futiles aliments jetés à la curiosité désœuvrée.