—J'avais donc lu, mais c'était la moindre des choses. Ce fragment de lettre avait été trouvé parmi cinq ou six cents livres de paperasses achetées lors de la vente d'un château des environs de Vendôme; comment remonter jusqu'à ses auteurs?

Je désespérais d'y parvenir, lorsque, dans l'angle de ce chiffon, tenez, là, j'aperçus ces traces d'une devise. Illisible pour moi, elle ne le fut pas pour un de mes amis, ancien élève de l'École des chartes. Cette devise est celle de la fière et noble maison de Champdoce...

Il se leva, comme pour laisser tomber ses paroles de plus haut, s'adossa à la cheminée et continua:

—Tel fut, messieurs, mon point de départ. L'idée était faible. Chétive était la lueur qui devait me guider. Un autre eût été découragé; moi, non. Je suis patient et je sais me réveiller chaque matin avec l'idée de la veille.

Six mois plus tard, je savais que cette phrase suppliante avait été adressée par la duchesse de Champdoce à son mari, comment et en quelles circonstances.

Puis, le temps aidant, j'ai pénétré le mystère que cette lettre m'avait fait soupçonner.

Si je n'ai pas agi plus tôt, c'est qu'un point, un seul, restait encore obscur pour moi. Depuis hier il ne l'est plus...

—Ah!... fit le docteur, Caroline Schimel a parlé.

—Oui, l'ivresse lui a arraché le secret qu'elle gardait depuis vingt-trois ans.

Sur ces mots, l'honorable placeur ouvrit un des tiroirs de son bureau et en tira un volumineux manuscrit qu'il brandit d'un air de triomphe.