—En voiture!... crie le buraliste, en voiture!...

Fausse alerte! Pas un des voyageurs de la ville n'a montré le bout de son nez. On attend M. de Rocheposay, qui demeure rue Saint-Porchaire, maître Nadal, qui habite près de Blossac et aussi M. Richaud, de Loudun, venu la veille pour ses affaires, et descendu à l'hôtel des Trois-Pilliers, et d'autres encore.

Un à un ils se présentent, se hâtant lentement, portant force boîtes dont ils embarrassent les compartiments.

Enfin le compte y est. Sept heures et demie sonnent, le conducteur lâche un dernier juron, le fouet du postillon claque; hue! on part; on est parti.

C'est au galop de ses rosses fourbues, que la voiture descend les rampes de la ville; elle traverse comme un trait le pont du Clain, elle brûle le pavé du faubourg, elle atteint la grande route et les chevaux emboîtent le trot somnolent qu'ils garderont jusqu'au relai.

Sur l'impériale, le conducteur bourre sa pipe.

Bons voyageurs, penchez-vous à la portière pour regarder le paysage.

Regardez, voici le haut Poitou, tout entrecoupé de plaines fertiles, de vastes pâturages et de grandes forêts. Les vallées succèdent aux vallées et à perte de vue se déroulent les champs à la terre rougeâtre, plantés çà et là de châtaigniers dont les branches pendent jusque sur les sillons.

Regardez, voici les landes et les taillis de Bivron.

Si le gibier foisonne, c'est que leur propriétaire, le comte de Mussidan, n'y a pas tiré un coup de fusil depuis qu'il eut le malheur de tuer à la chasse un de ses domestiques. Il y a de cela vingt-trois ans.