L'hésitation première de Norbert était venue du costume de Montlouis. Ce garçon portait un habit à boutons de métal et un chapeau à haute forme. C'était l'uniforme du collège où il achevait sa seconde.
Pendant que le grand seigneur s'efforçait de faire de son fils un paysan, le paysan prétendait faire du sien un «monsieur.»
Norbert fut si choqué de la différence des vêtements qu'il ne trouva pas un mot.
—Que fais-tu là? interrogea Montlouis.
—J'attends mon père.
—Moi de même. Cependant nous avons bien le temps de prendre une tasse de café ensemble.
Et sans attendre l'assentiment de son ancien camarade, il l'entraîna jusqu'à un petit estaminet, à une cinquantaine de pas de l'auberge. La supériorité de Montlouis était manifeste, il en abusa.
—Si le billard n'était pas retenu, dit-il, je te proposerais une partie. Il est vrai que cela coûte de l'argent, et ton père ne doit pas t'en donner beaucoup.
De sa vie Norbert n'avait eu en sa possession seulement une pièce de dix sous. Cette fois il se sentit sérieusement humilié et devint cramoisi.
—Mon père à moi, poursuivit le collégien, ne me refuse rien. Par exemple, je travaille énormément. Je suis sûr de deux prix à la distribution. Quand je serai reçu bachelier, le comte de Mussidan me prendra pour secrétaire, j'irai à Paris, je m'amuserai. Et toi que feras-tu?...