La charrette atteignait la grande route.

—Nous voici arrivés, monsieur le marquis, dit Dauman; comment vous remercier? Ah! si vous vouliez me permettre de vous offrir un verre de vrai cognac, quel honneur pour moi!...

Norbert hésita un moment. Une voix secrète lui disait qu'il faisait mal, qu'il devait refuser, il ne l'écouta pas. Il arrêta ses chevaux et suivit le «président.»

La maison de maître Dauman annonçait l'aisance.

Il y était servi par une vieille femme, étrangère comme lui au pays, dont le rôle près de lui n'était pas nettement défini, et qui jouissait d'une exécrable réputation, malgré ses apparences.

Son cabinet, car il disait: «mon cabinet,» ni plus ni moins qu'un avocat ou un notaire, avait quelque chose de l'ambiguïté du maître.

Si d'un côté on voyait un bureau chargé de cartons verts, de l'autre on apercevait, rangés le long du mur, des sacs de blé, de seigle et de légumes secs.

Il s'y trouvait une bibliothèque bondée de livres de jurisprudence, aux solives du plafond pendaient à des ficelles des paquets de fleurs sèches conservées pour la graine.

C'est, d'ailleurs, avec les démonstrations du respect le plus servile que le Président accueillait le fils du duc de Champdoce.

C'est dans son propre fauteuil, garni de cuir, qu'il le fit asseoir, et après avoir échangé son chapeau contre un bonnet grec, il descendit de sa personne à la cave pour chercher derrière les fagots «ce qu'il avait de mieux».