—Monsieur le marquis exagère.

—En quoi? Mon père est jeune...

—D'accord, vous ne vivrez pas près de lui, voilà tout. Ne serez-vous pas majeur dans trois ans? N'aurez-vous pas alors le droit de réclamer l'héritage de votre mère?

A l'air stupéfait de Norbert, le Président vit bien que le jeune homme était plus «innocent» encore qu'il ne l'avait supposé, et qu'il venait de lui apprendre une chose dont il n'avait pas même l'idée.

Il regretta d'avoir été si prompt, mais il s'était trop avancé pour ne pas continuer.

—Un homme, à sa majorité, monsieur le marquis, peut disposer de sa personne et de sa légitime. C'est la loi. Or, il vous reviendra de feu madame la duchesse—il salua—assez de bien pour mener une belle vie.

Norbert semblait n'entendre plus.

—Jamais je n'oserai rien réclamer à mon père, murmura-t-il.

—Cela je le conçois. Monsieur le duc, quand il est en colère, ne se connaît plus. Mais on ne fait pas ces commissions-là soi-même. On donne des pouvoirs à un notaire qui se charge des démarches et reçoit, s'il y a lieu, les coups du bâton fourchu. Les coups se comptent à part; c'est prévu par le Code, livre III, article 222, un mois à deux ans. C'est donc au plus trois ans que vous avez à patienter.

—Jamais je n'attendrai jusque-là, répondit Norbert, et j'en finirai si je ne trouve un moyen de me soustraire à cette tyrannie.