—Quoi! monsieur le marquis, vous qui serez si riche dans trois ans, vous n'avez pas un ami qui puisse vous obliger?

—Je n'ai personne!

Et, écrasé sous le sentiment de son impuissance, Norbert se laissa lourdement retomber sur sa chaise. Le sieur Dauman, lui, les sourcils froncés, paraissait réfléchir. On eût juré qu'au dedans de lui un combat violent se livrait entre deux idées absolument opposées.

—Eh bien, non! s'écria-t-il, non, monsieur le marquis, il ne sera pas dit que j'aurai eu la dureté, vous voyant malheureux, de ne pas m'employer à votre service. On a tort de mettre le doigt entre l'arbre et l'écorce, mais tant pis! je me risque. On vous prêtera ce qu'il vous faut.

—Vous, Président?

—Malheureusement, non! Je ne suis qu'un pauvre diable, moi, je n'ai rien de côté, et ce n'est qu'à grand'peine et à force de privations que je joins les deux bouts; mais j'ai la confiance de plusieurs fermiers aisés d'ici, qui m'apportent leurs économies pour les faire valoir. Qui m'empêche d'en disposer en votre faveur?

C'est à peine si Norbert respirait, tant l'espérance et l'anxiété lui serraient le cœur.

—Oh! si cela se pouvait! murmura-t-il.

—Cela se peut, monsieur le marquis. Seulement, il vous en coûtera cher. On vous demandera, comme de juste, des intérêts proportionnés aux risques de pertes qui sont considérables.