Cette belle et naïve jeune fille, toute préoccupée en apparence de futilités, que son père appelait en riant sa «chère girouette,» cachait sous ses dehors frivoles une volonté de fer, et fût morte avant de renoncer volontairement au projet qu'elle avait conçu d'être un jour duchesse de Champdoce.
Cependant, ses longues promenades à travers champs, toutes savamment choisies pour amener une rencontre qu'elle jugeait devoir être décisive, étaient restées inutiles.
Bien que le temps fût souvent mauvais, que les sentiers détrempés fussent devenus moins praticables, qu'il fît froid, elle continuait ses charitables visites autour du château de Champdoce.
—Un jour viendra bien, pensait-elle, où je l'apercevrai, cet invisible.
Le jour tant souhaité vint.
C'était vers la mi-novembre, un jeudi, et, depuis le commencement de la semaine, la température s'était tout à coup radoucie.
Le ciel était bleu, les dernières feuilles frémissaient à la brise, les merles sifflaient dans les haies dépouillées.
Mlle de Sauvebourg, seule, un petit panier au bras, suivait le sentier qui conduit à Mussidan en longeant les bois de Bivron, dont il n'est séparé que par un fossé et une haie épaisse et haute.
Elle marchait lentement, au beau soleil tiède, lorsqu'un bruit de branches brisées sous des pas lui fit lever la tête.
Elle regarda, et tout son sang afflua à son cœur.