Pourtant, elle n'avait pas perdu entièrement connaissance, car elle entendit l'explosion de l'arme, un cri terrible qui répondit au sien, et ensuite des aboiements furieux et un grand froissement de branchages.

Presque aussitôt elle sentit sur son visage comme une haleine chaude, puis quelque chose d'humide et de froid dont le contact la fit frémir.

Elle ouvrit les yeux. Bruno, le bel épagneul, était près d'elle, s'agitant, lui léchant les mains.

Au même instant, la haie s'écarta sous un énergique effort, et Norbert apparut, pâle, éperdu, les cheveux hérissés par la terreur.

Sa vue eut cet effet admirable de rendre subitement à Mlle de Sauvebourg sa présence d'esprit et son sang-froid. Elle eut conscience des avantages de sa position, résolut d'en tirer parti et referma les yeux.

Norbert, lui, en présence de cette femme étendue à terre, immobile, plus blanche que marbre, se sentait devenir fou. Il la reconnaissait, il avait tué Mlle de Sauvebourg.

Son premier mouvement fut de s'enfuir, de courir devant lui tant qu'il aurait de forces. Le sentiment inné du devoir l'arrêta.

Il s'approcha secoué par un horrible tremblement; il se pencha et reconnut qu'elle ne pouvait être morte.

Alors, il s'agenouilla près de cette jeune fille que souvent il avait admiré à l'église, et bien doucement souleva cette tête charmante et l'appuya au pli de son bras. Il cherchait où il pouvait l'avoir frappée.

—Mademoiselle, disait-il d'une voix que l'angoisse rendait à peine intelligible, de grâce, parlez-moi, un seul mot!