—C'est alors, reprit-il avec une exaltation croissante, que je songeai à ce grain de plomb si petit, qui pouvait vous donner la mort, qui avait pénétré dans votre chair... Longtemps, courbé sur le sol, je l'ai cherché dans la poussière!... Non, vous ne saurez jamais quels transports ont été les miens, quand je l'ai découvert sous un brin d'herbe! Vous ne pouvez savoir avec quelle sollicitude respectueuse je l'ai recueilli, humide encore et rouge de votre sang... Que seraient pour moi tous les trésors de la terre, comparés à cette relique sainte et précieuse qui est quelque chose de vous!...

Mlle de Sauvebourg détournait la tête; elle ne se sentait pas assez maîtresse de sa physionomie pour empêcher d'y briller un rayon de la joie céleste qui inondait son âme.

Jamais elle n'avait espéré un si prompt, un si éclatant triomphe.

Et pourtant c'est bien ainsi qu'elle avait rêvé d'être aimée par Norbert.

Lui se méprit au geste de la jeune fille.

—Oh! pardon, mademoiselle, fit-il, véritablement désespéré, pardon si, sans le vouloir, je vous ai offensée. Vous auriez pitié de moi, si vous pouviez seulement concevoir l'idée de la vie qui, jusqu'à ce moment, a été la mienne.

Hélas! plaignez-moi. Lorsque vous m'êtes apparue, me souvenant de votre regard si bon, de votre voix si douce, j'avais rêvé qu'enfin je venais de trouver une femme qui s'intéressait à mon sort, et je me disais qu'en échange de sa compassion, ce serait peu que de lui donner tout mon sang, mon dévouement absolu, ma vie entière!

Sa voix vibrante avait des sonorités étranges, l'enthousiasme de la passion brillait dans ses yeux et enflammait ses joues.

Involontairement, Mlle de Sauvebourg recula d'un pas.

—J'étais donc fou, s'écria Norbert avec un accent déchirant, j'étais fou, je ne le vois que trop! Je l'ai bien lu dans mes livres, il est des destinées fatales qui s'accomplissent quand même. Je puis défier le malheur!