Précisément, Françoise avait fait des blouses pour un des ouvriers de Champdoce, il lui devait une trentaine de sous, c'était un prétexte. Elle se chargea de la commission sans que la veuve y trouvât à redire, bien qu'elle ne fût pas absolument dupe de l'explication de Mlle de Sauvebourg.
Elle n'était pas maladroite, cette grosse Françoise; elle chaussa ses sabots, prit sa cape et sortit, et une heure plus tard le message était fidèlement et discrètement remis.
Voilà pourquoi, le lendemain, un peu avant deux heures, par une pluie battante, Norbert se présenta chez maître Dauman, ayant à causer de sa créance, prétendait-il, parce que les deux mille francs s'épuisaient et qu'il fallait aviser à lui procurer de l'argent.
Lui aussi, le pauvre garçon, il était travaillé d'idées de mariage. Épouser cette jeune fille si belle, qu'il aimait à la folie, vivre près d'elle dans une belle habitation comme Sauvebourg, la voir, l'entendre, lui parler à toute heure, lui semblait le comble de la félicité humaine.
Mais si enflammés que fussent ses désirs, ils n'allaient pas encore jusqu'à lui donner l'audace de s'ouvrir à son père de ses projets. D'avance il était sûr d'un refus bien net et bien formel, et il lui semblait ouïr les paroles dures et railleuses dont il serait accompagné.
Son sort n'était-il par arrêté et fixé par une volonté inexorable? Après l'avoir condamné à la plus misérable jeunesse, on prétendrait le contraindre à épouser une femme qu'il détesterait. Le duc lui avait dit: «Tu épouseras une fille très riche.»
Mais sur ce point, Norbert s'était juré de résister. Il était décidé à mourir sous le bâton fourchu du duc de Champdoce, au roulement de ses Jarnitonnerre! plutôt que de céder.
Or, il comptait sur Dauman pour lui fournir des moyens de résistance.
Il venait donc d'entamer ce sujet, quand on entendit une voiture s'arrêter devant la maison du Président. Presque aussitôt Mlle du Sauvebourg parut. Elle