Norbert l'écoutait, la joue blême, secoué par toutes les furies de la jalousie et de la colère.

—Et vous n'avez pas refusé, s'écria-t-il, vous n'avez pas repoussé ces propositions affreuses?...

Hélas! le pouvait-elle?

Sans répondre directement, elle se répandit en plaintes désolées, sur la tyrannie de la famille. Que peut faire une pauvre jeune fille, abandonnée sans défense aux caprices ou aux calculs de sa famille, obsédée, réprimandée, épiée?

Comment disposerait-elle librement de son cœur, prise entre deux alternatives également effrayantes, réduite à opter entre un mariage qui lui faisait horreur, et le couvent, dont la seule menace la glaçait?...

Accroupi derrière la porte de son cabinet, ne perdant ni un geste, ni un mot, ni un coup d'œil, ni une intonation, maître Dauman jubilait prodigieusement.

—Eh! eh! ricanait-il, pas mal, pour une petite pensionnaire émancipée d'hier. Elle a des dispositions, cette jeune commère, et inspirée par moi elle peut aller loin. Bien trouvé, pour forcer ce jeune benêt à se déclarer! Mais réussira-t-elle?...

Oui! la mort la plus épouvantable, inévitable, imminente, la hache au-dessus de sa tête, n'eussent pas effrayé Norbert autant que ces horribles perspectives.

—Et vous avez pu hésiter! fit-il d'un ton de reproche. On sort du couvent, si hauts qu'en soient les murs, tandis que le mariage... le mariage!...

Il s'arrêta. Il ne trouvait pas d'expressions pour rendre la sensation qu'il éprouvait, en songeant que Mlle de Sauvebourg pourrait être à un autre.