Cet avertissement, le perspicace Président l'attendait derrière sa porte.
—Bravo! murmura-t-il, bravo, la jeune demoiselle! Voilà donc pourquoi elle est venue, elle voulait prévenir l'enfant. Peste! il fait bon lui donner des leçons, elle ne les oublie pas.
Cependant Norbert ne pouvait en croire ses oreilles.
—Ce que vous dites est impossible, mademoiselle, dit-il.
—C'est la vérité, malheureusement, mon ami. Au-dessus de nous, de notre volonté, de nos plus ardents désirs, il y a la loi, et c'est la loi qui a fixé l'âge que je vous dis: vingt-cinq ans. Ce serait donc sept ans à attendre... sept ans! Vous jouirez de votre fortune, alors, Norbert, vous habiterez Paris, vous serez fêté, entouré, flatté, toutes les séductions viendront au-devant de vous, tous les plaisirs, toutes les ivresses. Penserez-vous encore à moi? Vous souviendrez-vous seulement qu'il existe une pauvre jeune fille que vous prétendiez aimer, et qui elle-même...
—Champdoce n'oublie jamais, s'écria Norbert, et jamais ne cède! Que me parlez-vous de la loi? J'aurai de l'argent quand je serai majeur, et je trouverai des gens qui m'apprendront comment on peut s'y soustraire. Et si c'est impossible, eh bien! j'aviserai. J'ai dit: Je veux. J'arracherai le consentement de mon père de vive force, s'il le faut...
Le Président s'était relevé, et d'un doigt soigneux il époussetait à coups de pichenettes les genoux de son pantalon.
—Attention! se disait-il, voici l'instant de paraître. Je reviens en hâte, j'ouvre la porte, je surprends quelques mots, j'y réponds, et je suis en plein dans la situation. Allons, cela évitera bien des longueurs...
Ce disant, il entra.
Le même cri de surprise et d'effroi échappa à Mlle de Sauvebourg et à Norbert.