—C'est lui.
Mlle Diane, elle aussi, avait cru à quelque chose de pis; elle tremblait comme la feuille en s'approchant de Norbert.
—Permettez, disait-elle, que j'examine votre blessure...—elle lui prenait la tête entre ses mains, et se haussait pour mieux voir.—C'est là, n'est-ce pas? Tous les cheveux, au-dessus de la tempe, sont collés ensemble. Grand Dieu!... Un pouce plus bas!... Président, si on allait quérir un médecin? Donnez-moi toujours un peu d'eau fraîche et un morceau de toile...
Mais, malgré sa résistance, Norbert se dégagea et la repoussa.
—Nous nous occuperons de cette niaiserie plus tard, interrompit-il de ce ton tranchant et dur que donne aux hommes le péril bravé ou une grande résolution prise. J'ai évité le coup, un coup formidable, qui devait me coucher. Sans un mouvement instinctif, j'étais assommé sur place, par mon père...
—Par le duc? Pourquoi?... Que s'est-il passé?
—Il vous a offensée, Diane, et il a osé venir me le dire... s'en vanter... à moi! Par le saint nom de Dieu! me prend-il donc pour un bâtard! Ne sait-il pas que le sang de mes veines est le sien, le sang des Champdoce! A ses lâches insultes, j'ai répondu par des menaces, il a frappé...
Mlle de Sauvebourg fondait en larmes.
—Et c'est moi, balbutia-t-elle, c'est moi qui suis cause...
—Vous!... Vous lui avez peut-être sauvé la vie. Sans vous, Diane, j'aurais châtié ce suprême outrage. Me frapper de son bâton, moi, comme un laquais!... Votre souvenir m'a arrêté... j'ai fui, et jamais plus je ne passerai le seuil du château. On parle de la malédiction des pères, celle des fils doit aussi porter malheur. Mais le duc de Champdoce n'est plus mon père, je ne le connais plus... je veux l'oublier! ou plutôt, non... je veux me souvenir pour haïr et pour me venger.