—Allons!... vous ne savez ce que vous dites. Le premier des Croisenois était un petit commis de Richelieu, un gratte-papier. Louis XIII lui conféra des lettres de noblesse pour on ne sait quelle ténébreuse commission. On connaît son armorial, peut-être. A-t-il seulement des moyens avouables d'existence, votre mince marquis?...
—Il a cinquante mille livres de rentes, mon père.
—A ce qu'il dit...
—D'ailleurs ne suis-je pas assez riche pour deux?
M. de Puymandour s'inclina ironiquement.
—Nous y voici donc, fit-il en goguenardant. Assez riche pour deux!... Parbleu! c'est juste ce qu'il a calculé, votre freluquet. J'ai crié le chiffre de votre dot par dessus les toits. Vous avez pris pour vous, ma chère, les hommages passionnés qui s'adressaient à mon argent. C'est-à-dire que j'aurais travaillé vingt ans pour ce Croisenois. Rayez cela de vos papiers... Et c'est vous, une personne de sens, qui vous laissez duper ainsi!...
Jamais la pauvre fille n'avait autant souffert.
—Tu te trompes, mon père, interrompit-elle avec l'accent de la plus inébranlable conviction, je réponds de son désintéressement comme du mien.
—Chansons!... Prétendriez-vous m'apprendre la vie? Je juge ce jeune homme sur ses actes. Qu'espérait-il en s'adressant à vous en secret? Vous intéresser, vous compromettre, vous séduire!... et, qui sait? rendre impossible votre mariage avec un autre.
—Oh! pourquoi supposer...