Il lui semblait encore entendre la voix rude de son père, lui disant:
—Cette fille n'est qu'une intrigante, elle ne vous aime pas, elle veut votre nom et votre fortune...
Il s'était révolté alors, il avait cru ouïr un blasphème. Hélas! le duc n'avait que trop raison, il fallait bien le reconnaître.
La certitude d'avoir été pris pour dupe enflammait son ressentiment. Il était bien niais, bien sot, qu'il ne s'était aperçu de rien!...
Mille circonstances lui revenaient, qui eussent dû l'éclairer.
Comment n'avait-il pas vu que cette jeune fille se jetait à sa tête, qu'elle mettait en œuvre des séductions indignes d'une honnête femme, que tout en elle était combiné, son abandon ou sa réserve; qu'elle s'emparait de son inexpérience; qu'elle le poussait peu à peu dans cette voie fatale au bout de laquelle il avait rencontré l'abîme!
Le sens monstrueux de la comédie jouée chez Dauman éclatait à ses yeux.
Celle qu'il croyait une noble et pure jeune fille était la complice du «Président.» Ils s'étaient entendus pour exalter sa haine jusqu'à la folie, et au dernier moment, ils lui avaient remis le poison qu'il devait verser à son père.