Par bonheur, ni le marquis ni la marquise de Sauvebourg ne faisaient attention à elle.
Ils avaient reçu, dans la journée, une lettre qui leur annonçait que leur fils, le frère aîné auquel on sacrifiait Mlle Diane, et qui vivait magnifiquement à Paris, était assez sérieusement indisposé. Ils étaient inquiets et soucieux, ils parlaient d'entreprendre le voyage.
Ils ne firent donc aucune objection, quand en sortant de table, Mlle Diane annonça qu'elle avait une migraine affreuse et demanda la permission de se retirer chez elle.
Seule dans sa chambre de jeune fille, sa soubrette congédiée, elle eut un soupir d'ineffable soulagement.
Enfin, elle n'avait plus besoin de se contraindre, de composer sa physionomie, de surveiller ses regards.
Elle était libre d'être inquiète à son aise, et elle l'était horriblement, torturée par l'incertitude de l'événement.
La pensée de se coucher ne pouvait lui venir; à quoi bon? Elle s'enveloppa d'un grand peignoir de mousseline, et, ouvrant une fenêtre, elle s'accouda au balcon sculpté.
Que n'eût-elle pas donné pour posséder, ne fût-ce qu'une seconde, ce merveilleux pouvoir qui permet de voir et de savoir ce qui se passe au loin!
Elle se penchait, le cou tendu, la pupille dilatée, dans la direction de Champdoce, comme si elle eût espéré une révélation d'une lueur dans les ténèbres, ou d'un bruit troublant le silence de la campagne.
Il lui paraissait impossible que Norbert ne cherchât pas et ne trouvât pas un expédient pour lui faire savoir qu'ils avaient réussi... ou échoué.