«Ceux qui connaîtraient quelque empêchement à la célébration de ce futur mariage, sont obligés, sous peine d'excomunication, de nous en donner connaissance, de même qu'il est défendu, sous la même peine, d'en apporter aucun, par malice et sans cause!...»

Des empêchements!... Quelle épouvantable ironie!... Mlle de Sauvebourg n'en connaissait que trop des empêchements!...

Une inspiration du désespoir traversa son cerveau. Elle eut l'idée de se lever, et de crier, là, devant tous: Non ce mariage ne peut avoir lieu, Norbert est à moi, il est mon mari devant Dieu, nous sommes unis par un lieu plus fort et plus indissoluble que tous les liens terrestres... par un crime.

Mais au milieu de ce désastre, et lorsqu'elle était comme écrasée sous les ruines de son bonheur et de ses chères espérances, son intraitable orgueil la sauva d'elle-même.

Grâce à un prodigieux effort, elle se redressa, plus blanche que sa collerette, mais souriante. Et apercevant à quelques chaises d'elle, une jeune fille de ses amies, elle eut le courage inouï de lui adresser un petit geste amical, comme pour lui dire:

—Qui se serait jamais attendu à cela?...

Toute son intelligence se concentrait sur ce point: faire bonne contenance, et pour y parvenir elle n'avait pas trop de toute son énergie. La voix des chantres bourdonnait insupportablement à ses oreilles, l'odeur de l'encens lui donnait des nausées. Il lui semblait qu'elle allait s'évanouir, et que cette messe n'en finissait pas.

Enfin, le prêtre se retournant vers les fidèles, entonna l'Ite missa est. Mlle Diane saisit le bras de sa femme de chambre, et sans prononcer une parole l'entraîna. Elle avait soif de solitude, comme ces lutteurs qui, blessés à mort, s'efforçaient de dérober les convulsions de leur agonie.

A Sauvebourg, une émotion nouvelle l'attendait.

Au moment où elle pénétrait sous le vestibule, un domestique vint à elle, dont la figure était toute décomposée.