Il se retourna et se trouva on face de Montlouis, ce fils du fermier de son père, dont, l'hiver précédent, à Poitiers, il avait fait son confident et son ami.
—Vous ne m'aviez pas aperçu en passant, monsieur le marquis? demanda-t-il.
Montlouis, autrefois, tutoyait Norbert; mais il avait depuis trois mois pénétré dans un monde où on lui avait appris la distante énorme qui le séparait, lui fils d'un paysan, n'ayant pas cent louis de rentes, d'un grand seigneur millionnaire.
—J'étais très préoccupé, répondit Norbert.
Et, craignant d'avoir froissé son ancien camarade, il lui tendit la main.
—Voici une semaine, reprit Montlouis, que je suis revenu au pays avec mon patron. Car j'ai un patron, maintenant. M. le vicomte de Mussidan m'a définitivement attaché à sa maison en qualité de secrétaire, ou plutôt d'intendant. M. Octave n'est peut-être pas très commode, il se met pour un rien dans des colères épouvantables; mais au fond, c'est le meilleur des hommes. Je suis enchanté de ma position.
—Allons tant mieux, mon ami, tant mieux.
Mais ce n'était pas uniquement pour lui communiquer ces détails que Montlouis avait couru après Norbert.
—Et vous, monsieur le marquis, continua-t-il, vous allez épouser Mlle de Puymandour? Quand ou me l'a appris, j'ai failli tomber de mon haut.