—Vous me quittez ainsi, fit-elle tristement, sans un mot!...

—Que puis-je vous dire, mademoiselle, que peut-il y avoir de commun entre nous?... Mon père mourant m'a pardonné... je vous pardonne. Adieu...

—Adieu donc, Norbert. Nous ne nous reverrons plus, sans doute. Je vais me marier, on a dû vous le dire. Pouvais-je résister aux volontés de ma famille? D'ailleurs à quoi bon!...

Elle s'interrompit comme si elle eût été près de succomber sous l'excès de son émotion, passa sa main sur ses yeux et ajouta:

—Encore adieu!... Souvenez-vous que personne autant que moi ne forme des vœux ardents pour que vous soyez heureux.

—Heureux!... s'écria Norbert, moi! Est-ce possible! Pouvez-vous donc être heureuse, vous! Ah!... enseignez-moi alors ce qu'il faut faire pour oublier, pour anéantir la pensée. Vous ne savez donc pas que près de vous j'avais rêvé des félicités dont l'idée sera le désespoir de ma vie, dont le souvenir ne s'effacera pas de mon cœur quand je vivrais mille ans! Vous ne savez donc pas...

Il s'arrêta, comme s'il eût eu horreur de ce qu'il allait dire, comme s'il eût

compris qu'il se trahissait, qu'il se livrait... Il se détourna brusquement et s'enfuit éperdu.