Dauman et cette malheureuse avaient quitté le pays d'une telle façon, qu'il n'était guère probable qu'ils eussent jamais l'effronterie d'y revenir.
D'un autre côté, Norbert était parti pour Paris avec sa femme, et M. de Puymandour allait disant partout qu'on ne reverrait pas de sitôt la duchesse sa fille à Champdoce.
Mlle Diane respirait donc librement. Interrogeant l'horizon, il lui semblait que tous les images menaçants s'étaient dissipés.
L'avenir lui appartenait, elle pouvait s'occuper de son mariage.
Il devait avoir lieu dans une quinzaine de jours, et déjà un des amis d'Octave, qui devait être son témoin, M. de Clinchan était arrivé. C'était un brave garçon, et point gênant, le plus poli et le plus complaisant des hommes, précieux aux jours d'ennui pour la quantité de ridicules qu'il étalait naïvement.
Mais Mlle de Sauvebourg se souciait peu de M. de Clinchan.
Elle avait jugé la grandeur de l'amour qu'elle inspirait à Octave, et elle s'était mis en tête de tout faire pour l'augmenter encore.
Se faire aimer jusqu'à l'aberration, jusqu'à la stupidité, d'un homme qu'on disait supérieur par l'esprit et par l'intelligence, qui devait avoir l'expérience de la passion, lui semblait une tâche digne de son ambition et mettait un intérêt palpitant dans sa vie.
Faire prendre, dès l'abord, à Octave, le pli de sa volonté et de ses caprices, c'était prudence et prévoyance. C'était, de plus, s'exercer pour plus tard, quand elle serait à Paris, quand elle serait une femme à la mode, et son succès ici devait lui donner la mesure de l'empire qu'elle exercerait là-bas.
Octave fut pris, et tout autre l'eût été à sa place. Elle avait le don de la séduction, et jamais plus merveilleuse comédie d'amour ne fut jouée par la plus raffinée des coquettes.