Pourtant, elle devait avoir là cette vie quasi-royale que son père lui dépeignait comme une suprême jouissance ici-bas.

Le feu duc de Champdoce, si économe lorsqu'il s'agissait de lui ou de Norbert, redevenait le grand seigneur généreux et prodigue jusqu'à la folie dès qu'il croyait travailler pour ses descendants.

Cet hôtel, préparé pour ses petits-fils, était un miracle de luxe grandiose.

Tout y était somptueux, magnifique et rare, depuis les tentures jusqu'aux plus menus objets, depuis les services armoriés et l'argenterie massive jusqu'aux tableaux et aux statues qui décoraient la grande galerie.

Et le duc avait toujours si amoureusement soigné cet hôtel que tout y était disposé comme si, d'un instant à l'autre, on eût attendu le maître.

Norbert et sa femme arrivant, purent croire qu'ils rentraient chez eux après une courte absence, tant chaque chose était à sa place.

Les trois vieux valets qui avaient la garde et le soin de l'hôtel, leur dirent que leur chambre était prête et que le dîner allait être servi.

Cependant Norbert, livré à lui-même, eût été très embarrassé. Mais il avait un conseiller, le fidèle Jean, qui gardait les traditions de la bonne époque, et qui eut bientôt établi le service sur le plus grand pied.

A Paris on trouve tout à acheter, tout, même le temps. En moins de quinze jours Jean peupla les cuisines, les offices et les antichambres de valets bien dressés; il encombra les remises d'équipages et emplit les écuries de chevaux de prix.

Mais pour la jeune duchesse de Champdoce, ce mouvement, ce train princier n'animaient pas l'hôtel. Il restait pour elle vide et morne. Les valets lui faisaient l'effet d'ombres se mouvant dans un crépuscule funèbre.