Mme de Champdoce ne répondit pas. Elle manquait d'expérience, mais non d'esprit, ni de cette pénétration que donne le malheur, et le trouble de Norbert, son embarras, ses réticences ne lui avaient pas échappé.
Le silence durait depuis un bon moment, et commençait à devenir gênant, quand ou entendit le roulement sourd d'une voiture sur le sable de la cour.
Le timbre du vestibule frappa un coup, ce qui signifiait une visite pour madame.
Presque aussitôt, un domestique entra dans la salle à manger, annonçant que la comtesse de Mussidan attendait au salon.
Norbert s'était levé avec l'empressement le plus marqué. Il prit le bras de sa femme et l'entraîna presque en disant:
—Venez, Marie, venez, c'est elle!...
Ce n'était pas sans de longs débats intérieurs que Diane s'était décidée à cette étrange et audacieuse démarche, à cette visite en dehors de tous les usages reçus. Elle s'exposait, et elle ne le sentait que trop, aux plus pénibles humiliations.
Il y avait une minute au plus que Mme de Mussidan était seule dans le grand salon de l'hôtel de Champdoce, et il lui semblait qu'elle attendait depuis un siècle, quand enfin la porte s'ouvrit: Norbert et sa femme entraient.
Le moment était si décisif que le cœur de Diane cessa de battre, une sueur froide trempa la racine de ses cheveux, et si maîtresse qu'elle fût de ses sensations, sa physionomie dut trahir une horrible anxiété.
Mais ce fut l'affaire d'une seconde et il fut impossible de surprendre le secret de son angoisse. Un seul regard l'avait rassurée: la duchesse ne savait rien du passé, jamais un soupçon n'avait effleuré sa confiance.