La tâche était plus difficile qu'il ne le pensait.
D'après ce que Norbert lui avait dit de sa femme, Mme de Mussidan pensait qu'elle serait reçue par la duchesse un peu comme le serait un ange, qui descendrait du ciel pour visiter et consoler un prisonnier.
Elle s'attendait à trouver une sorte de niaise, qui, dès la première visite, lui sauterait au cou, et qui bientôt, dans ses élans d'expansion et de reconnaissance, se livrerait tout entière.
Elle reconnut vite que Norbert, à l'exemple de trop de maris, jugeait mal sa femme, qu'elle s'adressait à une personne dont elle ne s'emparerait pas sans les plus grands ménagements, assez clairvoyante pour deviner les pièges qu'on lui tendrait s'ils n'étaient pas habilement dissimulés.
Loin de la décourager, cette difficulté l'excita. Et telle était quand elle le voulait, sa puissance de séduction que lorsqu'elle se retira le premier pas était fait.
Le soir même, Mme de Champdoce disait à son mari:
—Je crois que la comtesse est une excellente femme.
—Excellente est le mot, répondit Norbert. Tout Bivron pleurait quand elle est partie: elle était la providence des pauvres.
Intérieurement il se sentait flatté du succès de Mme Diane.
—Comme elle est adroite et futée, pensait-il.