Il s'obstinait à la fixer, l'air suppliant, les mains jointes. Elle poursuivit:

—Écoutez-moi! Ma franchise vous donnera la mesure de ma résolution. Je vous aime...

Croisenois eut une exclamation de joie.

—Oui, continua la duchesse, pour être votre femme, je donnerais avec transport toutes les années qui me restent à vivre, hormis une seule. Je vous aime, Georges... mais la voix du devoir parle plus haut en moi que celle de mon amour. Il se peut que je meure de douleur... je mourrai du moins sans remords, ayant pour linceul mon honneur intact... J'ai dit... adieu!

Le marquis secoua la tête, il ne pouvait se résigner à s'éloigner ainsi.

—Sortez!... ordonna la duchesse avec plus de force, sortez!...

Et comme il ne bougeait:

—Si vous m'aimez véritablement, ajouta-t-elle, mon honneur doit vous être cher autant que le vôtre... Retirez-vous et ne cherchez jamais à me revoir. Non, nous ne nous reverrons plus, le péril présent m'éclaire... Je suis la duchesse de Champdoce et je garderai intact et pur le nom que je porte. Je ne saurais d'ailleurs ni tromper, ni trahir...

L'enthousiasme des plus nobles sentiments, donnait à sa beauté une expression sublime, cette divine exaltation des vierges martyres qui chantaient au milieu des supplices.

Jamais Croisenois ne l'avait tant aimée; elle lui apparaissait plus belle que l'idéal, que le rêve; il était prêt à mourir pour elle.