—Vous m'avez déjà dit cela, interrompit-il d'un ton qui annonçait la plus parfaite incrédulité. Pourquoi vous répéter?...
—Parce que c'est mon devoir, monsieur, parce que si je meurs, je mourrai désespéré de cette idée que ma folle passion a perdu la plus pure et la plus noble des femmes. Ah! croyez-moi, les mourants ne mentent pas, vous n'avez rien à lui pardonner... et, tenez, je ne rougis pas de vous prier... oui, je vous prie... Si vous me tuez, que cette expiation vous suffise... Soyez humain pour votre femme, traitez-la doucement... Ne faites pas de sa vie un long supplice...
—Assez!... interrompit Norbert, pour la troisième fois, assez!... où je finirais par croire que vous êtes un lâche.
—Malheureux! s'écria Croisenois, en garde donc, et que Dieu décide!...
Ils tombèrent en garde, les fers se croisèrent et le combat commença, âpre, ardent, acharné, silencieux.
Le marquis de Croisenois passait pour un tireur habile, mais Norbert était doué d'une prodigieuse force musculaire, et, de plus, il tenait de son père un jeu brusque, saccadé, violent, très fait pour déconcerter une première fois.
Une circonstance encore contribuait à égaliser les chances. L'espace éclairé par la lanterne était assez restreint, dès qu'un des adversaires en sortait, il se trouvait dans l'ombre, presque à l'abri, tandis que l'autre restait en pleine lumière, exposé aux attaques, dans l'impossibilité de parer des coups qu'il ne voyait pas venir.
Ce fut la perte de Croisenois.
Comme il avançait, Norbert se déroba par un saut de côté, et lui parant un coup droit terrible, à fond, il lui traversa la poitrine de part en part.
Le malheureux étendit les bras en croix, lâchant son épée, sa tête se renversa, ses genoux fléchirent, et il tomba en arrière tout d'une pièce, sans un cri, sans un râle.