Il le fallait, cependant. Pouvait-il s'arrêter dans la voie où il s'était engagé, hésiter, réfléchir même? Non. Force était d'aller jusqu'au bout; d'accomplir jusqu'à la fin son affreux dessein.

Il luttait!... Il lutta bien dix minutes, cherchant pour s'encourager des raisons les plus fortes et les plus décisives, le risque d'une surprise, l'honneur de sa maison en péril.

Il se baissait, il avançait les bras... puis il reculait devant le contact, le cœur lui manquait et il se redressait.

Enfin, triomphant d'une indicible horreur, il saisit le corps de Croisenois, l'enleva, et d'un seul coup, par un effort extraordinaire, il le lança dans la fosse...

Le corps tomba contre la terre humide avec un bruit flasque et sourd qui retentit jusqu'au fond des entrailles de Norbert.

L'émotion extraordinaire qu'il en ressentit acheva de troubler son cerveau. Une ivresse furieuse s'empara de lui, pareille à cette incompréhensible frénésie qui parfois transporte les meurtriers et les pousse, sans motifs appréciables, à s'acharner après le corps de leur victime.

Saisissant une bêche, la même que l'instant d'avant maniait si maladroitement le pauvre Georges, il se mit avec une adresse et une vigueur surhumaines, à combler la fosse.

En moins de rien il eut recouvert le corps. Il foula ensuite la terre, la battit et la piétina. Puis, quand il vit que le terrain était bien uni, il répandit dessus des poignées de feuilles mortes et de paille menue.

C'était fini... qu'une averse vînt seulement et le lendemain l'œil le plus exercé ne devait pas découvrir aucun indice.

—Voilà, murmura-t-il, comment sait se venger un Dompair de Champdoce!... Voilà ce qu'il en coûte...