—Hélas!... monsieur le duc, ce n'est pas ma faute, j'étais invitée et j'avais bien envie d'y aller; mais je n'avais pas de robe à me mettre: je ne gagne que quinze francs par mois. Pas une des filles de madame n'a voulu m'en prêter une. Elles disent comme cela que je suis trop laide, et que je sens la vaisselle: comme si c'était ma faute!...

L'important était de savoir au juste ce que cette fille avait pu surprendre.

—Comment te trouvais-tu dans le jardin? interrompit Norbert.

—J'étais bien désolée et je m'étais mise à la fenêtre de ma mansarde pour pleurer, quand j'ai aperçu une lumière dans le jardin, j'ai pensé que c'étaient peut-être des voleurs, et je suis descendue sur la pointe du pied, par l'escalier de service...

—Et qu'as-tu vu?

Caroline se tut, elle avait peur.

—Réponds, insista Norbert, qui bouillait, mais qui sentait la nécessité de se contenir, ne crains pas de me dire la vérité, si tu es bien franche, tu seras récompensée.

—Eh bien!... j'ai tout vu.

—Tout quoi?...

—Quand je suis arrivée, vous étiez en train de creuser la terre avec l'autre, tant que vous pouviez... c'est moi qui ai été surprise en vous reconnaissant. Tout de suite j'ai pensé que c'était pour des trésors, que vous creusiez... Comme je me trompais! Bientôt l'autre vous a parlé, mais je n'entendais pas, et ensuite vous avez commencé à vous battre tous deux... Seigneur Dieu!... comme c'était beau!... Vos sabres brillaient comme des baguettes de feu, quand la lumière donnait dessus... J'avais une frayeur terrible, mais je ne pouvais pas détourner les yeux, il fallait que je regarde, c'était plus fort que moi... Puis j'ai vu quand l'autre est tombé en arrière, comme ça...