Elle se leva, dès que son mari parut, attachant sur lui un regard si étrange, que n'en pouvant endurer la fixité, il baissa la tête.
Mais il se redressa presque aussitôt, honteux et indigné contre lui, d'un mouvement dont il rougissait comme d'une insigne lâcheté.
—Mon honneur est vengé, prononça-t-il avec un ricanement mauvais. M. le marquis de Croisenois est mort!... J'ai tué votre amant, madame.
Elle était armée contre ce coup, car elle ne broncha pas. Seulement, son expression devint plus dédaigneuse et la flamme de ses yeux noirs redoubla d'intensité.
—Vous vous trompez, fit-elle d'une voix dont nulle émotion n'altérait le timbre. M. de Croisenois... Georges, n'était pas mon amant.
—Oh!... vous pouviez vous épargner un mensonge, je ne vous demande rien...
L'attitude impassible de la duchesse blessait et irritait Norbert. Il faisait tout pour la tirer de ce calme, inexplicable pour lui.
Mais c'est en vain qu'il cherchait des paroles mortifiantes, qu'il prenait son accent le plus sarcastique, elle planait à de telles hauteurs qu'il ne pouvait l'atteindre...
—Je ne mens pas, répondit-elle. A quoi me servirait de tromper et de feindre... Qu'ai-je à redouter, désormais!... Vous voulez la vérité? Soit. Sachez donc que ce n'est pas à mon insu que Georges s'est introduit ici ce soir. Il vous l'affirmait, le malheureux, il espérait me sauver. S'il est venu, c'est que je lui avais donné un rendez-vous, je l'attendais; j'avais, exprès pour lui, laissé ouverte la petite porte du jardin...
—Madame!...