Quoi!... cet enfant grandirait dans sa maison, il porterait son nom, et plus tard il hériterait de l'immense fortune de la famille de Champdoce!...
—Ah!... jamais, s'écriait-il, jamais!... Je l'étranglerais plutôt de mes propres mains.
Puis, il songeait aux dégoûts qu'il serait réduit à cacher, aux caresses qu'il lui faudrait feindre, pour écarter les soupçons du monde, et il se sentait incapable de cette monstrueuse comédie de la paternité.
—J'aimerais mieux mille fois, disait-il, élever près de moi un bâtard pris au hasard aux enfants trouvés, au moins je ne le haïrais pas, celui-là, il ne me semblerait pas toujours retrouver sur son visage l'exécrable ressemblance de Georges de Croisenois.
Mais précisément pour cette raison qu'il était prêt à toutes les violences, il se contraignit à dissimuler et fut avec la duchesse strictement convenable.
Il avait, d'ailleurs, tout à craindre d'elle, en ces premiers moments. La mystérieuse disparition de Croisenois faisait un bruit affreux, et si les lettres mises à la poste par l'émissaire de Jean épaissirent le mystère autour de cet événement, elles ne satisfirent ni la police, ni l'opinion.
Mais on se lasse de tout; on oublia Croisenois: Norbert dut se croire assuré de l'impunité.
Accablé de remords, rongé de regrets, ce grand seigneur si envié, sur qui la fortune semblait avoir épuisé ses plus magnifiques faveurs, Norbert de Champdoce traînait alors la plus lamentable existence.
Il n'avait pas vécu, et il se sentait fini, usé, rassasié jusqu'à l'écœurement. Il n'avait pas vingt-cinq ans, et il ne découvrait nulle lueur dans l'avenir; il n'apercevait nul projet où accrocher une espérance.
Depuis trois mois que Mme Diane était partie, elle ne lui avait pas donné signe de vie; un abîme de sang le séparait de sa femme; parmi tous les gens qu'il avait connus, il ne voyait pas un ami; la débauche même lui manquait.