—Le Président... il vit?...
—Parfaitement. Et c'est un homme à nous, et tu le connais!... Dame!... il n'est plus de la première jeunesse, il est un peu cassé, la jambe traîne, la vue baisse, mais la cervelle est intacte.
Catenac était devenu fort sérieux.
—Tu m'en diras tant! murmurait-t-il, tout abasourdi, tu m'en diras tant...
—Je te dirai encore que toute la partie du duel et de la mort de ce brave et digne Georges de Croisenois a été écrite presque sous la dictée de Caroline Schimel... Véritablement cette malheureuse se proposait, en quittant Paris, de rejoindre son parent en Amérique... Elle n'alla pas plus loin que le Havre. Les grâces et les doux propos d'un galant matelot dont elle avait fait connaissance en voiture changèrent brusquement toutes ses résolutions... Tant que dura l'argent qui avait été donné par Jean, le matelot fut le plus aimable des hommes... Seulement, avec le dernier billet de mille francs, il disparut.
Désespérée, réduite à la plus ignominieuse des misères, Caroline revint à Paris. Elle mourait de faim... Elle s'adressa au duc de Champdoce... Il se sentait pris, il la secourut, et à quatre ou cinq reprises il essaya de lui assurer une petite position... L'inconduite de Caroline rendit vaines toutes les tentatives.
A la fin, le duc s'est résigné à se laisser rançonner au jour le jour, acceptant peut-être cette honte comme une expiation...
Quant à Caroline, son existence est inimaginable... Parfois, prise de remords, elle cherche une place et travaille huit jours... Mais bientôt ses habitudes vagabondes reprennent le dessus, et elle court demander de l'argent à l'hôtel de Champdoce.
Et cependant elle a toujours fidèlement tenu son serment, et sans sa funeste passion pour les petits verres, je doute que Tantaine eût jamais réussi à lui arracher une parole...
B. Mascarot paraissait parler pour soi bien plus que pour ses estimables associés. On l'eût dit préoccupé surtout de combattre certaines objections de son esprit.