Un nouveau personnage apparut tout essoufflé. C'était l'aimable
Sansonnet.

Ce bon jeune homme, qui venait de toucher ses appointements, avait couru au bureau de Caldas pour l'inviter à dîner. Ayant su qu'il était avec une actrice, il avait pris ses maigres jambes à son cou pour ne pas manquer cette bonne fortune de dîner avec une femme de théâtre.

—Je vous emmène, dit-il à Caldas.

—Je ne puis, répondit celui-ci; je suis avec madame et ces messieurs,
M. Greluchet, un de nos critiques éminents, et monsieur….

—Mais j'espère, interrompit Sansonnet, que madame et ces messieurs me feront l'honneur d'accepter mon invitation.

Tout le monde accepta, et Sansonnet, ravi de dîner avec tant de gens de lettres, prit le bras du tailleur pour se rendre au restaurant.

XXVIII

On ne se résigne pas volontiers à perdre quatre-vingt-dix francs, et un honnête homme n'a qu'une parole, même avec son tailleur.

Voilà pourquoi le lendemain retrouva Caldas à son bureau. Mais comme il n'avait pas encore digéré l'affront de la veille, il s'était procuré les tables de mortalité de Déparcieux afin d'étudier la question économique des caisses de retraite.

Ce précieux ouvrage lui apprit que la vie probable d'un homme parvenu à l'âge de vingt-cinq ans (et Caldas les aurait à la Saint-Jean d'été) est de quatorze ans et huit mois.