A dix-sept ans, à la suite de fredaines de jeune homme, il s'est engagé dans un régiment de cuirassiers. Après deux ans de service, son père était obligé de le faire remplacer, pour lui épargner les désagréments de passer devant un conseil de discipline.
Depuis, successivement, il a été associé d'une fonderie de fer, sous-directeur d'une ferme modèle, commissionnaire en marchandises, et juge suppléant au tribunal d'Oloron, dans le Béarn; car il a trouvé le moyen de se faire recevoir docteur en droit, tout en courant ces aventures.
En dernier lieu, il avait entrepris l'exploitation d'un brevet pour le dévidage des cocons du ver à soie de l'aliante; un incendie, une inondation et l'avant-dernière crise sur les soies le frappèrent coup sur coup et firent avorter toutes ses combinaisons.
C'est après ce dernier désastre, et lorsqu'il allait avoir vingt-neuf ans, que, désespéré, sans positions, sans fortune, il se décida à entrer dans l'administration.
Pour lui ce n'était pas le port après le naufrage. Il comptait bien n'y pas rester. Il voulait prendre terre, attendre les événements, et se remettre en mer à la première brise favorable.
Sans doute l'occasion ne s'est pas encore présentée, puisqu'il est toujours ancré au ministère; son avancement d'ailleurs a été rapide, et cependant il a perdu toutes ses illusions sur la carrière bureaucratique.
C'est le type achevé de
L'EMPLOYÉ TANT PIS
Il n'aime pas l'administration; à tout et toujours il trouve à redire. Lui demande-t-on comment il s'y prendrait pour faire mieux, il répond que quand il sera ministre, il dira son secret.
En attendant, il n'est pas une décision qu'il ne critique. Dans chaque mesure, dans chaque acte émanant de l'autorité supérieure, il voit autant de fautes, autant de pas de clerc.