—Parbleu, dit M. Bizos, je vous engage à vous citer pour exemple. Vous êtes un excellent employé, et après dix-huit ans de service vous avez trois mille francs d'appointements.
—Je puis avoir été négligé en apparence, répondit M. Sangdemoy, mais un dédommagement certain m'attend. Mon avancement, pour avoir été tardif, n'en sera que plus rapide. D'ailleurs vous-même, vous êtes la preuve de ce que j'avance, vous qui en cinq ans, sans protection et sans intrigue, êtes arrivé au même point que moi.
—Si je vous entends bien, fit Caldas, les chances sont à peu près égales, comme à la roulette; et puisque je suis ici, ma foi, j'ai bonne envie d'y rester.
—Ah! tant mieux, s'écria M. Sangdemoy.
—Ah! tant pis, s'écria M. Bizos.
—Élucidons encore la question, reprit Caldas. Considérons la chose au point de vue de la vie privée. Un employé de l'Équilibre doit-il se marier?
—Toujours! fit M. Sangdemoy.
—Jamais! fit M. Bizos.
—Parlez, dit Romain.
—Le mariage est une chose grave, reprit M. Bizos. On se marie par amour ou pour de l'argent. Mais les mariages d'amour ne sont permis qu'aux millionnaires, qui sont trop raisonnables pour faire cette folie. Donc il vous faut une dot, et les dots ne se jettent pas à la tête des jeunes commis à deux mille quatre. C'est à la fleur du bel âge de cinquante ans que vous pourrez songer à prendre femme. Si vous vous mariez jeune, ce sera avec une fille pauvre; vous ne mangerez que des pommes de terre dans votre ménage. Si vous vous mariez vieux, vous serez odieux ou ridicule. Dans tous les cas, époux imberbe ou barbon, le métier que vous faites est dangereux pour un mari. Absent toute la journée, votre femme s'ennuie; et quand une femme s'ennuie…