—Vous croyez que cela peut nuire?
—Parbleu! fit M. Brugnolles, vous avez le front de me le demander! Mais vous ne voyez donc pas plus loin que votre nez! Il se trouve toujours quelque bouche indiscrète. Tout revient aux oreilles de l'administration, et, si elle a l'air de fermer les yeux, elle ne vous en garde pas moins une dent.
—Peste! dit Caldas, vos mots ne sont pas tirés par les cheveux; vous parlez bien notre langue, vous feriez bonne figure au Bilboquet.
—Je ne lis que ça, j'y suis abonné.
—Ciel! s'écria Caldas, un homme qui paye pour lire ma prose!
Laissez-moi vous admirer!
—Quoi! vous êtes le célèbre Caldas du Bilboquet, l'auteur des Pensées d'un ferblantier!
—J'ai cet honneur, murmura Romain.
—Il y a longtemps que je vous connais, dit M. Brugnolles, qui se mit à réciter à Caldas une dizaine de ses nouvelles à la main. Mais au fait, continua-t-il, vous allez me dire pourquoi, depuis trois mois, on ne voit plus d'articles de vous.
—C'est que depuis trois mois je suis employé de l'Équilibre.
—Et c'est là ce qui vous empêche… Mais, mon cher ami, vous ne trouverez jamais un bureau plus commode que celui-ci pour faire de la littérature.