—Quel ennemi? demanda Caldas.
—Le travail, puisque le travail est votre ennemi, à vous autres, mauvais employés.
Caldas, ravi au fond de l'âme, baissa la tête comme un coupable.
M. Izarn reprit:
—Vous serez enchanté, j'imagine, de l'emploi qu'on vous donne; vous passez au bureau des Duplicatas, on n'y fait absolument rien, et le chef, M. Deslauriers, est aussi un homme de lettres, un homme d'esprit; on joue des pièces de lui sur les théâtres, il vient des actrices le voir pendant la séance. Vous serez au mieux ensemble. Adieu, grand bien vous fasse!
—Deslauriers! se disait Romain en gagnant le bureau des Duplicatas,
Deslauriers, je n'ai jamais vu ce nom sur aucune affiche.
Ce chef de bureau, qui s'appelle Deslauriers au ministère et dans la vie privée, signe du nom charmant de Saint-Adolphe les levers de rideau qu'il fait représenter aux théâtres de flons-flons.
C'est un homme de cinquante-cinq ans, rond comme une pomme, à l'oeil vif, à la bouche souriante, et portant au bout du nez la décoration des membres du Caveau. Quoi qu'en dise M. Izarn, il travaille et mène fort bien son service. Il est un peu causeur, mais ce n'est pas un défaut, lorsque comme lui surtout on cause bien. Il en tire vanité, et n'est jamais plus heureux que lorsqu'il trouve un auditeur bienveillant qui rie à ses calembours et comprenne ses mots. Sa mémoire est un inépuisable répertoire d'anecdotes mi-partie administratives, mi-partie théâtrales.
M. Deslauriers accueillit admirablement Romain.
—Vous êtes monsieur Caldas, lui dit-il, je suis, parbleu! enchanté de faire votre connaissance. C'est vous qui, dans le Bilboquet, avez parlé si avantageusement du Gondolier des Pyrénées dont je suis l'auteur.