On lui persuada que l'Administration était décidée à supprimer son emploi (le pauvre homme n'avait pas droit à la retraite). De ce moment il ne vécut plus.

Comme ses tristesses et ses inquiétudes n'étaient pas encore assez risibles, on s'arrangea de façon à lui faire croire qu'il avait à l'Équilibre la réputation d'un mouchard. Soixante employés au moins, qui avaient reçu le mot, trempèrent dans cette excellente bouffonnerie.

Tout d'abord on battit froid au père Germinal; on se taisait quand il entrait; on chuchotait en sa présence; on affectait de le regarder avec défiance; on évitait sa société. Inquiet de ces procédés, le bonhomme s'enhardit jusqu'à en demander la cause à celui de tous ses collègues qui l'effrayait le moins.

Celui-ci haussa les épaules.

—Vous savez bien ce dont il s'agit, lui répondit-il avec mépris.

—Moi, je vous jure que je ne sais rien!

—Allons donc! reprit l'impitoyable farceur, on sait que vous êtes la créature de notre chef, et on n'ignore pas que vous lui faites des rapports sur nous.

Cette révélation consterna Germinal. Il se voyait, lui innocent, accusé d'infamie, odieux à tous et perdu de réputation. Pendant quatre ou cinq jours, à moitié fou de douleur, il n'osa plus reparaître au ministère; la réprobation générale l'épouvantait.

Enfin, un matin, il se décida à venir; fort de sa conscience, il voulait se disculper.

Devant tous ses collègues, il entreprit, d'une voix émue et les yeux pleins de larmes, de prouver l'injustice des soupçons dont il était victime.