XLV
On était au vingt-neuf décembre. L'espoir de la gratification agitait tous les coeurs. Comme tous ses collégues, Caldas comptait sur la munificence de l'Administration. Même il avait d'avance arrêté l'emploi de cet argent.
Et ce n'était certes pas présomption de sa part. Ses droits valaient bien les droits des autres. L'Administration d'ailleurs ne fait point de jaloux. En bonne mère qu'elle est, elle ouvre sa caisse pour tous ses enfants.
Pour les bons employés, la gratification est une récompense; pour les mauvais, c'est un encouragement à mieux faire.
Caldas ne fut ni encouragé, ni récompensé.
Le jour des étrennes arriva. Romain se mêla à la foule des bureaucrates qui va chaque année applaudir au petit discours que fait Son Excellence Monsieur le Ministre. Il envoya quarante-trois cartes à un nombre égal de sommités de l'Administration; et cependant il ne lui fut pas octroyé un sou.
Le pot au lait de ses espérances fut renversé.
Saint-Adolphe, chef de bureau, avait commis une faute, Caldas fut puni. Rien n'est plus juste. Si Caldas avait fait quelque chose de bien, Saint-Adolphe eût été récompensé.
En présence d'un déficit de cent cinquante francs, Romain songeait très sérieusement à s'arracher les cheveux, lorsque deux agréables surprises compensèrent ce léger mécompte.
Son père lui envoya encore un mandat rouge, et sa pièce, les Oisifs, fut mise en répétition au Théâtre-Français.