C'était le lendemain de la première représentation des Oisifs, qui avaient obtenu un immense succès.
Caldas, que l'émotion avait empêché de dîner la veille, déjeunait de bon appétit entre mademoiselle Célestine et Saint-Adolphe. Sa modeste chambre d'hôtel garni était la salle du banquet, mais le menu avait été fourni par Chevet.
Saint-Adolphe avait la parole:
—Savez-vous, disait-il à son collaborateur, que votre succès d'hier soir avance diablement mes affaires. L'Odéon met demain notre pièce en répétition.
—Et j'y aurai un rôle? demanda mademoiselle Célestine.
—Il y en a un, reprit le galant chef de bureau, que j'ai écrit exprès pour vous. Mais revenons à la représentation d'hier. Tout l'Équilibre y était, et par ma foi, j'ai lieu d'être satisfait de nos bureaucrates.
—Je parie, dit mademoiselle Célestine, que chacun d'eux croyait avoir fait la pièce.
—Parbleu! répondit Saint-Adolphe, qui croyait bien avoir fait la moitié du Zèle. J'ai vu dans des loges un directeur et deux chefs de division. Got a joué devant un parterre de chefs de bureau.
—Est-ce pour cela, dit Romain, que j'ai entendu deux coups de sifflet au troisième acte?
—C'était mon ancien sous-chef, dit Saint-Adolphe; quelle canaille!