La civilisation, qui s'intéresse aux nègres, n'a pas encore prohibé la traite des pères.
X
En attendant la réponse de Céret, Caldas rêvait aux moyens d'enterrer sa liberté au bruit de cette musique qu'aime Marco. Aux placers vingt fois remués de son imagination, il réclamait un peu d'or, oh! pas beaucoup! le prix d'un souper.
Ma foi, il se paya d'audace; il alla demander «de l'ouvrage» au directeur d'un grand journal. Ce directeur, qui fait profession d'aimer la jeunesse, accueilli avec empressement l'offre de collaboration de Caldas. Sacrifiant pour lui cinq minutes du temps qu'il consacre à l'éducation des peuples, cet homme politique ne craignit point de lui révéler son dernier mot sur «l'Évêque de Rome,» et finit en lui commandant un article sur une nouvelle pâte à faire couper les rasoirs.
En vingt-quatre heures, Romain fit un poëme. Le directeur du grand journal, après avoir lu attentivement l'article, crut pouvoir lui prédire un bel avenir littéraire, et, séance, tenante, lui fit compter quarante francs.
—J'aime la ligne de ce journal, pensa Caldas.
Muni de ce viatique, il s'élança dans un fiacre:
—A Grenelle, au théâtre! dit-il au cocher.
Il y avait déjà plus de six semaines que le coeur de Caldas avait été incendié par la chevelure de mademoiselle Célestine. C'était à la descente de l'Omnibus des Artistes qu'il l'avait aperçue pour la première fois.
—Le connaissez-vous, monsieur, cet omnibus? Il a fait la fortune du directeur de génie qui a su appliquer ce véhicule à l'art dramatique.