—Nous n'aimions pas beaucoup M. Lorgelin à l'Équilibre, me disait Caldas; mais nous l'estimions tous. Je dirai plus: nous le respections, bien qu'il ne soit que commis à deux mille sept d'appointements.

Lorgelin est un travailleur infatigable; il y a en lui l'étoffe d'un administrateur; le chef de division lui-même, lorsqu'il se présente quelque question épineuse, ne dédaigne pas de prendre son avis. A tout cela se joignent un extérieur avantageux et des moeurs inattaquables.

Cependant on dit de lui au ministère:—Lorgelin est rasé comme avancement.

Pourquoi? comment? Tout le monde l'ignore, il ne le sait pas lui-même sans doute.

Évidemment il y a quelque chose dans le passé administratif de cet homme remarquable.

Quoi?

Une bévue, une imprudence, un malentendu, moins peut-être.

C'est un mystère que nul n'a jamais pénétré, et voilà vingt ans bientôt que cet homme aux talents inutiles moisit dans les emplois subalternes. Que de nullités lui ont passé sur le dos! que d'incapables il a vus grandir et prospérer! devenus ses chefs, ils ne se sont plus souvenus de lui.

Il aurait donné sa démission depuis longtemps, à la première injustice, ou à la dixième, s'il n'avait été très-pauvre. Il pouvait gagner beaucoup plus ailleurs, il le croyait; mais il n'a pas osé risquer sur la seule carte de son intelligence le pain de sa vieille mère.

Sa mère est morte. Il est resté, il restera jusqu'à la retraite.