—D'ici deux heures, répondit Basquin, le temps d'obtenir le visa du sous-chef, le visa du chef de bureau, le visa du chef de la section, le visa du chef de division, le visa du directeur, le visa du chef de matériel, le visa du chef de la comptabilité, le visa du contrôleur général, et enfin le visa du secrétariat…
—Mais, demanda Romain, à quoi bon tant de visas?
—Monsieur, répondit le commis principal, on ne saurait prendre trop de précautions pour empêcher le gaspillage.
XIX
Le reste de la journée se passa pour Caldas à ranger son magasin de papeterie dans ses tiroirs et ses cartons. Il admirait la beauté de tous les articles que fournit le ministère à ses employés.
—Il faut bien nous donner le superflu, puisqu'on nous prive du nécessaire, se disait-il en essayant ses compas et les magnifiques règles graduées qui coûtent dix-huit francs.
Quant au papier à lettre, c'est le plus beau qui se fabrique en
France.
La serviette d'avocat surtout ravit Caldas.
—Il y a cinq ans, pensa-t-il, que je serais au ministère, si j'avais su qu'on donnât aux employés ce meuble magnifique.
Aussitôt il vida dans l'élégant portefeuille ses poches de littérateur bohême; il y mit toutes ses notes; ses poésies fugitives, madrigaux, bouquets à Chloris, sonnets, rondeaux, triolets, nouvelles à la main; ses essais dramatiques consistant en trois titres de comédie, un prologue de drame, et un plan de vaudeville; enfin les trente premiers feuillets d'un roman réaliste, les Coliques de miserere.