—Et quand aurai-je un emploi? demanda Caldas.

—Mais à votre tour; vous avez le numéro neuf mille cent quatre-vingt-sept.

—Ciel! s'écria Romain épouvanté, j'aurai cent ans quand mon tour viendra.

—Pardon, dit l'employé, depuis l'examen il y a eu cinq nominations.

Romain salua poliment et se retira fort édifié.

Renonçant à dîner du budget, Caldas ne songea plus qu'à déjeuner de la littérature. Dès le lendemain, il envoyait au Bilboquet, journal de banque et de littérature mêlées, un article de haute fantaisie, qui fit le succès du numéro et lui fut payé un franc trente-cinq centimes.

Attaché à poste fixe à cet organe sérieux, il ne tarda pas avoir se développer devant lui les resplendissants horizons de la fortune et de la gloire.

Un quart de vaudeville reçu au théâtre de Grenelle mit le sceau à sa réputation.

De ce jour il vécut de sa plume, indépendant et fier…

* * * * * Il y avait dix-neuf mois que Romain mourait de faim, lorsqu'un soir où, par hasard, il rentrait chez lui, sa portière lui remit un pli estampé d'un timbre officiel.