—Quoi! vous aussi, vous, la gloire de mon école! Où allons-nous, mon
Dieu! où allons-nous?

Coquillet se leva sur ces paroles, et s'adressant à Caldas:

—Il faut avant tout que je voie ce dont vous êtes capable; asseyez-vous sur ma chaise, et écrivez-moi quelque chose.

Caldas prit place devant le pupitre de Coquillet, qui se retira pour causer avec Basquin dans l'embrasure de la croisée.

Le sous-main du prince des calligraphes attira l'oeil de Romain. Ce sous-main disait l'homme lui-même; c'était le confident indiscret, sinon de ses pensées (Coquillet ne pense pas), du moins des sensations qui avaient traversé à un moment donné le vide de son cerveau. Ce sous-main disait les agitations de son âme, ses rêveries, ses passions.

En haut, dans un angle, on apercevait une maison et un arbre exécutés au trait: ce jour-là Coquillet rêvait villégiature. A côté, perdu dans des paraphes, on y distinguait un cheval et un chien: on avait parlé chasse devant Coquillet.

Il y avait des volées d'oiseaux de paradis, et de ces têtes bouffies, spécialité des maîtres d'écriture; des bouts de phrases commencées indiquaient que Coquillet avait essayé une plume nouvelle; ces mots: Monsieur le Ministre et Son Excellence, se trouvaient répétés une vingtaine de fois.

Au centre de ce monument curieux dans son genre, et comme la déclaration des principes de cet apôtre de l'écriture, Caldas lut ces deux versets de l'évangile du calligraphe:

Il n'est pas donné à tout le monde
de savoir écrire;
Ce don vient de Dieu

Soyez béni mon Dieu
et faites
que je conserve longtemps
ma main.