Caldas fut très-surpris lorsque pour la première fois il vit une jeune et jolie petite juive entrer dans le bureau de Sommier, à l'heure où le public n'entre pas.
Elle était connue des employés, qui accueillirent avec une bonne humeur galante cette distraction en jupons.
Les grivoiseries de Gérondeau l'effarouchèrent peu, mais elle lui vendit beaucoup de menus bibelots, et le riche expéditionnaire paya une quinzaine de francs au moins le délicat plaisir de débiter de triviales gaudrioles à cette petite vertu.
Nourrisson, qui n'acheta qu'un pain de savon et un pot de pommade, s'avisa d'être aussi hardi que son gros compagnon, mais il fut remis vertement à sa place.
Basquin, qui tenait à dire son mot, en fut quitte pour une douzaine de plumes à trois becs (l'administration n'en donne pas).
Caldas lui-même, en voyant les beaux cheveux de cette demoiselle, s'aperçut qu'il avait besoin d'une brosse à ongles.
Seul, M. Rafflard n'acheta rien, et lorsque l'israélite fut sortie, il ne craignit point de dire vertement son opinion sur cette espèce de négociantes auxquelles l'administration devrait bien fermer la porte.
—Car il me paraît évident, continua-t-il, que le commerce n'est pour elles qu'un prétexte, et que ce n'est point seulement pour leurs crayons qu'elles cherchent un acheteur.
—Il faut faire aller le commerce, dit Gérondeau.
—Au dehors, tant que vous voudrez, reprit le commis principal; mais dans les bureaux je dis, moi, qu'elles détournent les employés de leur travail, quand elles ne les débauchent pas. Et enfin, qui vous dit qu'elles ne viennent point ici pour surprendre les secrets de notre administration?