Tout le monde à Tours connaît M. Ferdinand Aubanel. Il habite, à cinq petites lieues, une belle propriété, la Fresnaie. A l’éloge pompeux qu’on lui fit de son ami, Hector conclut que la tente devait être un château.

Il n’avait plus rien à apprendre. Il eut vite trouvé une calèche, et, tout en roulant sur le chemin qui mène à la Fresnaie, il se répétait qu’il est bon d’avoir des amis un peu partout.

III

Le véhicule avançait lentement, les chevaux, comme on dit, trottaient sur place, le conducteur dormait à demi. Hector ne songeait pas à s’en plaindre. Enfoncé dans une rêverie sans but, il se laissait aller au balancement monotone de la voiture; son esprit se reposait à contempler ces paysages si tranquilles de la Touraine.

La route était belle. Tantôt accrochée au flanc d’une colline ombreuse, elle dominait le cours de la Loire; tantôt elle s’enfonçait dans quelque fraîche vallée, avec mille sinuosités qui adoucissaient les pentes.

Bientôt on prit un chemin de traverse.

—Voici que nous avançons, dit le conducteur.

Et d’un coup de fouet, il éveilla ses maigres chevaux, dont l’allure ne changea pourtant pas.

Déjà tout annonçait le voisinage de quelque riche habitation. L’œil du maître devait veiller par là. Les haies vives étaient bien entretenues, alignées et sans espaces vides, les fossés relevés soigneusement, les arbres taillés de façon à donner de l’ombre sans que le chemin fût endommagé par l’humidité.

On dépassa deux fermes, tapies dans des massifs d’ormeaux comme des nids; plus loin, c’était le toit pointu d’un pigeonnier qu’on apercevait dominant les cimes. On coupait, dans une prairie, le regain un peu en retard cette année, et l’odeur des foins embaumait l’air. Dans un enclos soigneusement entouré de barrières, des chevaux de race paissaient. Au bruit de la voiture, ils relevaient leurs têtes intelligentes; l’un d’eux, le favori sans doute, s’avança jusqu’aux poteaux de la petite porte, allongeant son col fin par-dessus les planches.