Cet ami, tout en riant, avait pris la chose au sérieux; il s’était enquis d’un bon parti près de cinq ou six vieilles dames de sa connaissance, et on n’avait pas tardé à lui trouver ce qu’il demandait. Il venait donc offrir à Lorilleux de le présenter. Voir n’engage à rien.
Le médecin écouta fort attentivement les détails qu’on lui donnait, fit quelques objections, et finit par refuser.
—Cet homme-là est par trop difficile à la fin, dit un des jeunes gens, nous ne le marierons jamais. S’il ne veut pas mourir garçon, il n’y a plus qu’une ressource, M. de Saint-Roch, la providence des célibataires.
Il n’est personne assurément qui n’ait au moins entendu parler de cet excentrique et mystérieux personnage. C’est lui qui s’intitule l’ambassadeur des familles. Il se glorifie d’avoir inventé la profession matrimoniale, et se flatte d’avoir rendu au mariage un lustre nouveau, alors qu’il était bien près de tomber dans la déconsidération.
Aussi, la proposition faite à Lorilleux de s’adresser à cet habile homme eut un succès de rires. Le médecin ne sourcilla pas.
—Pourquoi non? dit-il fort sérieusement. Mais je voudrais savoir avant si M. de Saint-Roch a jamais marié quelqu’un?
—Comment, malheureux, répondit l’auteur de la motion, vous avez l’audace de douter? Vous n’avez donc de votre vie lu un journal? Ouvrez le premier venu, vous serez édifié. Le célèbre ambassadeur ne dédaigne pas de louer, de temps à autre, la quatrième page des cinq grands journaux. C’est là qu’il brille dans sa gloire. Il annonce aux familles qu’il tient à leur disposition un riche assortiment de demoiselles et dames veuves, de seize à soixante ans, toutes ornées des avantages sociaux les plus recherchés, esprit, beauté, naissance, et embellies de quelque petit million de dot.
—Oh! reprit Lorilleux, je sais tout cela parfaitement. J’ai lu que M. de Saint-Roch est honoré de la confiance des premières familles de la noblesse, de la magistrature, de l’armée et de la finance. J’ai lu que toutes les maisons princières de l’Europe ont l’habitude de solliciter ses bons offices; je sais aussi qu’il faut écrire lisiblement son adresse, mais tout cela ne m’a pas convaincu. J’en reviens donc à ma question: A-t-il jamais marié quelqu’un?
—Mais, docteur, à Paris seulement il y a au moins une douzaine de négociants en mariages.
—Qu’est-ce que cela prouve?